Sélection en Master 2 : il faut supprimer l’article L 612-6 du code de l’éducation

La sélection des étudiants en Master 2 a été longtemps mise en place par les Professeurs d’université. Nous trouvions cela naturel. D’une part afin de coller aux exigences des recruteurs et d’autre part pour créer une émulation en première année de Master.

Les procédures judiciaires d’étudiants revendiquant leur intégration en Master 2 s’étant multipliées ces dernières années, le Conseil d’Etat a toutefois dû trancher.

Dans un avis rendu le 10 février, les magistrats ont rappelé qu’en vertu de l’article L. 612-6 du code de l’éducation, « aucune sélection ne peut être mise en place » en première ou en deuxième année de Master si la formation en question ne figure pas sur « une liste limitative établie par décret ».

Les universités ont attendu, au début impatientes, puis nerveuses, puis franchement inquiètes le fameux décret. Le 13 avril, on apprit que la liste que devait donner le décret serait non seulement « limitative », comme l’ordonnait le Conseil d’Etat, mais en outre très limitée, ce qu’il n’exigeait pas du tout (à moins que les services ministériels aient tout bonnement confondu les deux termes). Seules 1 300 mentions de Master sur les 3 040 mentions qui existent en France pourront pratiquer la sélection, non seulement vis-à-vis des étudiants extérieurs, mais également vis-à-vis des inscrits dans l’université du Master 2 l’année précédente. Cela revient à ne permettre la sélection que dans 40% des Masters existants.

L’exécutif a donc tranché entre les partisans d’une sélectivité dans les universités pour maintenir l’enseignement supérieur public dans la roue des grandes écoles et ceux qui veulent l’université pour le plus grand nombre.

Certains y verront une sécurisation juridique de la sélection que les directeurs de Master 2 effectuaient en partie déjà, concernant les étudiants arrivant d’autres universités, ou encore ceux issus d’une autre mention de Master. En effet, le décret indique que pour ces formations l’inscription sera subordonnée à la vérification « que les unités d’enseignement déjà acquises dans [sa formation] d’origine sont de nature à permettre [à l’étudiant] de poursuivre sa formation en vue de l’obtention du diplôme de Master ».

Cette disposition paraît cependant fragile juridiquement. Comme le souligne Florent Verdier, avocat spécialisé dans la défense d’étudiants sélectionnés par leur université : « le fait de venir d’une autre université est une “condition” qui n’a pas été prévue par la loi. Or ce décret, réglementaire, doit normalement être en conformité avec la loi… ».

L’exception au principe de non sélection d’étudiants inscrits l’année précédente en première année de Master dans l’université proposant le Master 2 visé est quant à elle posée à l’article 2 du décret. Il indique que, pour les formations présentes sur la liste, l’admission en seconde année de Master  pourra « dépendre des capacités d’accueil de l’établissement […] et, éventuellement, être subordonnée au succès à un concours ou à l’examen du dossier du candidat, selon des modalités définies par l’établissement ».

Le décret est d’ores et déjà prêt à être publié. Il doit seulement être soumis demain, lundi 18 avril, pour un simple avis consultatif, au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser).

Il créera donc deux catégories de Master. Ceux faisant partie des 40%, qui continueront à être sélectifs et qui seront vraisemblablement les plus réputés, et tous les autres qui devront potentiellement accueillir tous les candidats venant de l’université proposant le Master 2. Ceci aura deux conséquences : 1) les Masters ne figurant pas dans la liste seront dévalorisés ; 2) le prestige ou non d’un Master sera gravé dans le marbre par l’administration, à moins qu’un nouveau décret ne soit prit tous les ans, et dans ce cas on peut se demander sur quels critères opaques et non pertinents, comme l’administration en a parfois le secret. Nouvelle lourdeur administrative, nouveau contrôle, nouvelle planification là ou régnait enfin une autonomie de bon aloi.

Les présidents de cinq universités ont réagi à cette annonce en menaçant de fermer purement et simplement les Masters qui ne figureraient pas dans la liste.

Nous nous joignons à cette protestation au nom de tous les étudiants désireux que leur diplôme universitaire conserve un minimum de valeur.

Mais le gouvernement a vu dans cet avis du Conseil d’Etat du 10 février 2016 une aubaine, un gage inespéré pour l’application d’un égalitarisme aveugle. Najat Vallaud-Belkacem a mis méthodiquement en œuvre, au mépris de toute réalité et mesure, un programme qui depuis la capitalisation des matières jusqu’à l’accaparement des fonds de roulement des facultés financièrement vertueuses, vise à saper toute velléité d’excellence dans l’enseignement en général et universitaire en particulier.

Les Masters sont la seule alternative crédible aux diplômes de grandes écoles et écoles de commerce. Supprimer leur sélection revient à fermer les filières d’excellence à quiconque ne pourra pas débourser des milliers d’euros pour une scolarité dans les susdites. C’est l’effet pervers de l’idéologie égalitariste, effet de toute doctrine déjà mauvaise en son principe : ils creusent le fossé d’inégalité qu’ils prétendaient combler. Désormais les Français qui travaillent paieront avec leurs impôts une université inapte à donner du travail à leurs enfants (qui resteront donc à charge), à moins de payer encore plus pour des écoles.

Mais ça, Mme le ministre Vallaud-Belkacem, qui qualifie la sélection de « rétrograde », ne s’en rend sûrement pas compte. L’égalitarisme est une idée à laquelle elle consacre quelques minutes quand son chauffeur l’emmène à l’hôtel particulier ou elle travaille pour un salaire de 15 000 euros. L’égalitarisme est le prétexte de discussions enjouées quand, assis dans des fauteuils Louis XV, elle et ses collaborateurs rêvent autour d’une cheminée en marbre, dans une pièce lambrissée de huit mètres sous plafond avec le parquet qui grince sous le pas des huissiers en livrée astiquant en silence les poignées de porte.

Les cadres de l’UNEF considèrent même qu’en termes de nivellement par le bas il aurait été possible de faire beaucoup mieux. Pour William Martinet, président de ce syndicat, l’accès en Master doit constituer un droit et non la consécration d’un parcours universitaire de qualité. Les blocages et les dégradations liés au projet de loi El Khomri ne lui suffisent apparemment pas, il menace : « ce semestre a été particulièrement agité du fait de la loi travail. Le ministère cherche-t-il à réunir les conditions pour une rentrée universitaire tout aussi chaude ? »

Mais pour les étudiants, les lubies de ces irresponsables idéologues signifient des années de chômage, d’argent perdu et de déclassement.

L’UEP soutient donc sans réserve les présidents d’universités, invite le législateur à supprimer l’article L. 612-6 du Code de l’éducation et appelle tous ceux qui entendent ne pas laisser leurs efforts être foulés au pied à nous rejoindre.

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