Quand Le Monde nous raconte la gauche étudiante

Cela fait plusieurs mois maintenant que l’extrême gauche étudiante se produit en spectacle à Paris, Toulouse, mais aussi Nantes ou encore Rennes. Distrayant, un peu grossier, désorganisé, indigent aussi, souvent, plutôt moche et mal joué, le spectacle n’en est pas moins donné docilement tous les soirs ou presque, en pleine rue avec pour seul public une troupe de CRS ayant reçu l’ordre d’applaudir à chaque pavé qu’ils se prennent dans le crâne.

Tout cela est de gauche, surréaliste, et on a un peu de mal à comprendre mais heureusement, le Monde nous explique dans un article « Les nouveaux visages du militantisme étudiant ». Magnifiques portraits – au pluriel, portraits, puisqu’apparemment il y aurait plusieurs « nouveaux visages » – magnifiques portraits disais-je, de la gauche.

Le premier portrait est celui du journalisme de gauche, celui du Monde donc. Zineb Dryef nous parle de gens qui mettent le feu aux écoles, détruisent des commerces et séquestrent des gens, mais avec quelle émotion elle en parle ! L’indulgence maternelle, ou du parent 1, primo-parentale donc, transpire de chaque ligne et on sent qu’après ce voyage immersif chez ces jeunes pleins de rêves et un peu garnements, elle aimerait bien rester faire la révolution elle aussi mais qu’elle a un loyer à payer et qu’il faut être au bureau lundi pour une réunion, et ça, ça la travaille, la Zineb. Eh oui car pour Zineb, « Au moindre soubresaut, la France se tourne désormais vers ces étudiants si prompts à l’éruption contestataire ». La France entière, vous entendez, la France entière se tourne vers l’illustre fac de Rennes II ! La planète même ! Ou pas loin ! El’ s’ dit que pt’ette ben qu’elle aurait dû redoubler 7 fois sa licence elle aussi, à l’heure qu’il est, elle serait à l’UNEF et fumerait des splifs sous les yeux ébahis de la France.

Ah ! les grandes heures de Rennes II (lumière du monde): « 1973 (loi Debré), 1986 (projet de loi Devaquet) et 1994 (Contrat d’insertion professionnelle, CIP) lui valent le surnom de « Petit Vincennes », alors l’université la plus contestataire de France (aujourd’hui Paris-VIII). De 2009, année d’un mouvement universitaire de protestation contre la LRU (la loi relative aux libertés et responsabilités des universités), on retiendra une faculté bloquée plusieurs semaines. Et un président surmené après avoir subi coup sur coup une « séquestration » de quelques heures dans son bureau et l’humiliation d’un seau de lisier projeté sur son visage. » Énonce-t-elle les yeux embués, l’épiderme frémissant de toute cette virilité, et cette folie et tout ça, quoi !

Epoque un peu finie, il est vrai. Mais rassurez-vous, il y a les fameux « nouveaux visages ». « Deux cents étudiants, représentant soixante universités, sont à Rennes ce premier samedi d’avril ». 200 étudiants pour 60 universités, tout de même ! Ça nous fait une moyenne de pile 3, 333333333 étudiants par fac, autrement dit il a fallu, pour trouver deux cents partisans, ratisser littéralement tout le pays. Faudrait préciser, tout de même, un jour, ce que la gauche entend par mouvement « citoyen ».

Alors quand on dit « nouveaux visages », on ne parle probablement pas des meneurs. « Hugo Melchior. A 28 ans, ce doctorant en histoire fait figure de mémoire vivante de l’histoire agitée de Rennes-II ». Le jeune homme traîne quand même depuis dix ans à l’Université, et fait des études d’Histoire donc, à priori, n’est pas hyper concerné par la loi travail puisqu’il travaillera dans le public et n’embauchera probablement jamais personne. Nous ne parlons pas d’un poste de professeurs, hein, nous parlons de ses futurs fonction de dir-cab à la Région. La nouveauté, on ne la trouve pas non plus dans les slogans: « la façade de l’université sur laquelle de grandes lettres rouge vif fraîchement peintes se détachent :  » Vive la Commune !  » Un air de déjà-vu.» Non, tu crois ? Visiblement, il s’avère que le sens de l’Histoire c’est de revenir en 1870. Des amish de gauche, ça c’est nouveau ! Faut dire que brûler le palais des Tuileries et l’Hotel de ville de Paris ça devait être bien plus gratifiant que de cramer des poubelles vertes devant un obscur IUT.

Mais la vraie nouveauté, et là c’est vrai qu’elle a pas tort Zizi, « c’est la présence des comités féministes ». C’est d’ailleurs grâces à eux, sans doute, que le mouvement peut arborer fièrement la première banderole au monde que personne ne pourra prononcer à voix haute en manif: « étudiant-t-es, chomeur-se-s, salarié-e-s, lycéen-ne-s, ensembles contre la loi travail ». Ce que nous voulons dire par là c’est que, même si on le voulait, même si on faisait un gros effort, ce slogan qui déjà irrite horriblement la rétine est juste impossible à prononcer.

Bon, on ne pourra pas tout voir tant l’article du Monde, dont nous nous faisons ici le critique, est long, très long, beaucoup trop long compte tenu de son sujet qui est d’une platitude navrante. Nous inviterons donc les lecteurs à aller le lire. Ça vaut le coût car sans s’en rendre compte, l’auteur expose ligne par ligne tout le ridicule de cette jeunesse perdue, stérile, mangée par les chimères de leurs parents. Une perle tout de même : « la jeune femme parcourt en ce moment les manifestations auxquelles elle prend part pour demander aux jeunes qui s’opposent à la « loi travail » de raconter leur idéal le plus fou. « On nous dit : mon rêve, c’est vivre aux États-Unis, c’est gagner beaucoup d’argent, c’est une belle voiture. » » D’accord. Que peut-on ajouter ? Tout est dit.

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