Ignorance crasse et xénolâtrie structurelle : ce que révèle la polémique sur les « Gaulois réfractaires »

De jour en jour, il n’est pas de mépris plus grandissant à l’égard des siens que celui d’Emmanuel Macron : la déconnexion des élites par rapport au peuple, peuple qu’elles sont censées honorer démocratiquement, est désormais plus flagrante que jamais. La formule de notre « chef d’Etat » est, à cet égard, révélatrice : désirant la vertu de l’étranger et dénigrant celles du peuple qu’il a sous sa coupe, il valorisait, mercredi 29 août 2018, « l’ouverture aux transformations » d’un peuple luthérien – les Danois – par rapport à l’immobilisme buté des « Gaulois réfractaires au changement » dont le gouverneur de la province France assure apparemment le gardiennage…

Faisons d’abord remarquer qu’il est comique, comme l’écrivit très justement Marie-Christine Arnautu, que la référence à nos ancêtres celtes soit repoussée avec dédain lorsque l’on parle de notre identité nationale, et que le chef de l’Etat l’invoque, cette fois, pour dénigrer son propre peuple. C’est là la marque de ce qu’il faut bien appeler une tare de l’élite française : celle-ci a, en majeure partie, renoncé à croire en la nation pour entrer dans une xénolâtrie structurelle, lui faisant voir le Bien chez les autres absolument, que cet autre soit luthérien, américain, immigré… Le revers de cette tare est un ethnomasochisme qui ne se cache plus : jamais un président n’a témoigné de tant de mépris pour les citoyens de son pays.

Ensuite – autre tare – c’est faire preuve d’une inculture crasse et fière d’elle-même que d’attribuer l’immobilisme aux Gaulois : la Gaule était en réalité dotée d’une civilisation très influente, même sur son voisin romain, dont il conquit la capitale en 390 avant JC. Les Gaulois étaient hellénophiles et leurs druides étaient considérés comme des philosophes par les Grecs (Les druides. Des philosophes chez les barbares, Jean-Louis Brunaux). Leurs techniques élaborées sur les plans agricole, artisanal et militaire faisaient également dire à Jules César lui-même que les Gaulois constituaient « une race d’une extrême ingéniosité » qui « ont de singulières aptitudes à imiter ce qu’ils voient faire ». Ils étaient d’ailleurs « presque toujours séduits par ce qui est nouveau » (Commentaires sur la guerre des gaules).

C’est donc nous faire trop d’honneur – même si, dans sa bouche, l’ethnonyme vaut injure – que de nous appeler Gaulois : ouverts à la nouveauté car désireux de renouveler un système sclérosé dont Macron est sans doute le meilleur représentant, nous ne sommes pas pour autant béatement néophiles par principe, et savons pointer du doigt un changement lorsqu’il est néfaste pour les nôtres. De toute évidence, le monde dans lequel veut nous entraîner le ci-devant « Jupiter » n’est pas le nôtre. Nous saurons lui montrer que la résistance est aussi une qualité gauloise.

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