Mobilisons-nous ! NON au pacte de Marrakech !

La France s’apprête à signer un texte relatif aux migrations les 10 et 11 décembre, lors d’une conférence intergouvernementale qui se tiendra à Marrakech, et ce dans un silence médiatique retentissant si l’on excepte les quelques voix qui sonnent l’alarme pour attirer l’attention sur ce texte. On renverra en particulier à l’article de l’essayiste Mathieu Bock-Côté (1) ainsi qu’à la tribune du professeur Jean-Louis Harouel (2) publiées dans le Figaro.

Si ce « pacte » n’a pas de valeur juridique contraignante malgré son nom trompeur, il fait partie d’un dispositif plus global de pression sur les Etats occidentaux afin de leur faire accepter l’immigration massive : comme l’écrit Jean-Louis Harouel, ce texte « forme un socle pour l’élaboration ultérieure de normes contraignantes » (3). En effet, l’esprit général du texte est symptomatique de cet esprit propre aux élites mondialistes qui y voient certainement une validation et une extension à l’Humanité toute entière de leur petit mode de vie mobile et cosmopolite. Rappelons que la mobilité internationale concerne tout au plus 3% de la population mondiale : le « nomade attalien » (4) ne fait et ne fera jamais recette au sein du genre humain, quoi qu’en pensent nos apatrides en chef.

A noter d’ailleurs que le texte concerne bien les « migrants », et non les « réfugiés » qui eux relèvent d’un autre texte, la convention de Genève du 28 juillet 1951. Il s’agit donc bien essentiellement de migrations à motifs économiques, non de mouvements de population pour raisons humanitaires.

C’est bien pour l’esprit du texte que les pays lui ayant tourné le dos se multiplient jour après jour : l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, mais aussi Israël et les Etats-Unis. D’autres menacent de suivre le mouvement. Car en apparence, si on se fie à la lettre du texte, ce pacte censé permettre des « migrations sûres, ordonnées et régulières » contient d’abord des propositions de bon sens qui doivent aujourd’hui faire consensus, même si leur formulation vague en fait des vœux pieux qui ne changeront rien au rouleau compresseur de la réalité :

Le pacte mondial sur les migrations affirme d’abord « le droit souverain des Etats à déterminer leur politique nationale en matière d’immigration, et leur prérogative de régir l’immigration au sein de leur sphère de compétence nationale. » Un principe qui rentre en contradiction avec la politique communautaire européenne qui vole depuis bien trop longtemps le débat sur les questions migratoires aux Français. La souveraineté étant une notion pleine (on l’a ou on ne l’a pas ; on ne peut l’avoir à moitié), nous ne sommes donc plus maîtres de notre destin dès lors que le pouvoir de décider qui entre sur notre territoire est aux mains de technocrates bruxellois… Ce « droit souverain » mentionné dans le pacte pour les migrations est donc un fantôme.

Un autre principe auquel les rédacteurs du pacte n’ont pas donné suffisamment de consistance – et pour cause – est la diminution des causes structurelles de départ des migrants de leur pays d’origine (objectif 2) : aussi vaguement formulé, on voit mal quelle mesure concrète parviendrait à juguler la gigantesque levée de population subsaharienne prédite par l’africaniste Stephen Smith dans son ouvrage La ruée vers l’Europe (2018) et ses causes les plus profondes.

On validera aussi le souci de « prévenir, combattre et éradiquer le trafic d’êtres humains » (objectif 10) : une proposition de bon sens mais dont la formulation incantatoire révèle la malheureuse inconsistance. Pour faire disparaître ces trafics et assécher la rente des passeurs (5), il n’y a que l’Etat souverain, la maîtrise de ses frontières et sa politique sécuritaire qui vaillent, tout le reste est littérature. Et une fois encore, encastrée qu’elle est dans l’ordre juridique européen, on sait quoi penser, à l’heure actuelle, de l’état de la souveraineté française.

Ailleurs il est aussi dit que le débat sur les migrations doit quitter le terrain des émotions pour aller sur le terrain des faits et de l’analyse objective : on se félicitera de voir apparaître cette riche idée sur un document émanant des nations unies ! Le camp national, de concert avec la majorité des Français n’a cessé durant des décennies entières de réclamer un débat dépassionné et – soyons fou – un pouvoir de décision par le peuple sur cette question qui le concerne très directement. A ceci près que plus loin, le texte évacue carrément le « débat ouvert » pour trancher définitivement la question : le discours sur la migration doit être « recadré » afin qu’il donne une image exacte du « rôle positif » qu’elle peut jouer dans les sociétés actuelles. Nous avons donc là une contradiction flagrante : ce débat ouvert et apaisé que nous proposent les rédacteurs du pacte n’en est pas un. Il s’agit bien d’une inversion de langage dont les relents orwelliens devraient révolter tous les pays qui s’apprêtent encore maintenant à signer ce texte : par « débat ouvert », comprenez en fait « propagande favorable à l’immigration » ; par « analyse factuelle et dépassionnée », comprenez en fait « discours militant favorable à l’immigration » ; par « le peuple », auquel on aurait supposément rendu le débat sur les questions migratoires, comprenez « cénacle purifié de tous les éléments contestataires et campé sur une position favorable à l’immigration ». Soit la définition même de la pensée unique, de l’idéologie autorisée, et de la dictature.

Car c’est là le point le plus grave : le pacte encourage les Etats signataires à prendre des mesures pour sanctionner les médias qui exprimeraient des vues contraires à la valeur positive de la migration, consacrée comme un nouveau droit de l’homme opposable aux peuples. Nous arrivons à une situation surréaliste où un nouvel arrivant fait plier le pays d’arrivée, sommé de l’accueillir même si le peuple autochtone ne le veut pas : comment ne pas imaginer les heurts auxquels ce droit pourrait aboutir ? Une communauté de nationaux devrait ainsi se priver de son droit élémentaire à l’expression libre, arraché de haute lutte par nos ancêtres, et se soumettre au dictat migratoire de nouveaux-arrivants ? Nous sommes là dans la situation décrite par Jean-Louis Harouel dans son livre Les droits de l’homme contre le peuple (2016) : un individu, en vertu de ses droits « sacrés », peut désormais faire reculer la liberté de tout un peuple (6). Ce dernier devrait pourtant légitimement assurer la maîtrise de ses frontières et contrôler son immigration. Mais en même temps que s’évapore sa souveraineté s’évapore sa liberté et son identité. Le peuple n’est plus qu’une masse informe et grise d’individus interchangeables, sans contours et sans puissance, dont on assure le gardiennage : l’idéologie mondialiste à l’état pur.

Idéologie anti-nature et hégémonique dans les médias, presque tous détenus par de grandes fortunes privées : le mondialisme est bien cette idéologie qui valide la mondialisation et son corollaire migratoire, et vise à la faire accepter dans toutes les couches de la société. Elle suppose, comme Christophe Guilluy et Jean-Claude Michéa l’avaient bien vu, une valorisation incessante de la « mobilité », au centre d’une anthropologie que l’on considère comme adaptée à l’âge globalisé qui vient, et donc nécessaire et désirable à tous points de vue. Une idéologie « mouvementiste » promue par les classes dominantes, qui va totalement de pair avec le noyau doctrinal du libéralisme en acte, c’est-à-dire la mobilité des capitaux, des marchandises et des hommes. C’est un élément-clé du fameux « progrès », que l’on conçoit comme impératif. L’injonction à la mobilité est définie par Pierre-André Taguieff comme la dernière métamorphose du progressisme, c’est-à-dire le « bougisme ». Tout mouvement est décrit comme « bon » en lui-même, tout mouvement se confond avec le progrès (7). Portée au pinacle, la mobilité, voire l’hypermobilité, est « le fait des classes supérieures » essentiellement, comme le rappelle Guilluy. Il n’en reste pas moins qu’elle est financée par les couches de la population les plus modestes ! Car « le coût des infrastructures ferroviaires, routières et aériennes est en effet pour partie assumés par des financements publics ; des budgets pharaoniques auxquels contribue donc la majorité, surtout pour le confort, in fine, d’une minorité. » (8)

Il y a donc fort à parier que ce « droit à migrer » ne soit que la projection d’un privilège de classe : il servira en réalité de nouveau discours de légitimation de migrations toujours plus massives et de répression des discours valorisant la souveraineté des peuples face à ces défis de très haute importance. Car ces derniers, plus que jamais, appellent la souveraineté et un débat réellement légitime car pleinement démocratique. Rappelons que contrairement à ce que nos élites mondialistes prétendent, la migration, contrainte en majeure partie, est toujours un déracinement. Elle s’avère intrinsèquement contraire à la nature humaine profonde dont la dignité, selon Simone Weil, puise à l’enracinement (9).

A notre sens, le Peuple devrait par conséquent se dresser contre ce texte qui participe d’une influence supranationale qui s’injecte unilatéralement dans nos débats politiques nationaux, et le Peuple devrait se battre pour que lui reviennent les leviers ultimes de la décision en matière migratoire.

(1) Mathieu Bock-Côté : « Non au pacte mondial sur les migrations », Mathieu Bock-Côté, 30/11/2018. Lien : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/11/30/31002-20181130ARTFIG00332-mathieu-bock-cote-non-au-pacte-mondial-sur-les-migrations.php

(2) « Le ″pacte mondial″ sur les migrations, ou comment naît une vérité officielle », Jean-Louis Harouel, 29/11/2018. Lien : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/11/14/31002-20181114ARTFIG00294-le-8220pacte-mondial8221-sur-les-migrations-ou-comment-nait-une-verite-officielle.php

(3) Ibidem.

(4) Entretien avec Jean-Claude Michéa : https://www.youtube.com/watch?v=mrqDok8-69c
A 1 minute 14 : « Combien coûte, en kérosène, la réalisation d’un monde où chacun vivrait en nomade attalien ? On a souvent parlé de gauche caviar, je me demande s’il ne vaudrait pas mieux parler de gauche kérosène. [Le nomade attalien] vit sa dépense de kérosène comme sa grande contribution à l’avenir de l’humanité ».

(5) « Migrants : le trafic d’êtres humains rapporterait 35 milliards de dollars aux passeurs », latribune.fr, 01/06/2017. Lien : https://www.latribune.fr/economie/international/migrants-le-trafic-d-etres-humains-troisieme-secteur-le-plus-lucratif-des-crimes-organises-728210.html

(6) « Aujourd’hui transformés en une religion séculière de nature millénariste obsédée par la non-discrimination, les droits de l’homme exposent chaque peuple européen à voir les membres d’un autre peuple s’installer massivement chez lui et mettre à profit ces droits pour travailler à le détruire, pour faire prévaloir leur mode de vie et leurs valeurs, au détriment de ceux du pays d’accueil. […]
L’admission, au nom des droits de l’homme, de tous les individus présents sur le territoire d’un pays européen à multiplier les revendications et les actions juridiques fournit à ces individus une arme en principe contre l’Etat, mais en réalité contre le groupe humain du pays d’accueil. Comme le rappelait le grand juriste que fut le doyen Georges Vedel, l’Etat n’est que ″l’organisation politique du peuple″. Si bien que tout ce qui est gagné contre l’Etat d’un pays est gagné contre le peuple dont cet Etat est le visage institutionnel. » Jean-Louis Harouel, Les droits de l’homme contre le peuple (2016).

(7) Pierre-André Taguieff, Le sens du progrès, 2006.

(8) Christophe Guilluy, La France périphérique, 2016.

(9) « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. » Simone Weil, L’enracinement, 1949.

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